Mémorial Lyonnais
du Génocide
des Arméniens

- Présentation -

Lecture du Site

Afin d’identifier les éléments forts du site proposé nous avons eu une approche sensible qui nous a permis de dégager les points suivants :

– Le site se trouve au coeur de la ville entre la « belle-cour » de Lyon et l’embarcadère du Rhône, entre balme et fleuve. Cette pièce urbaine tendue vers l’eau, est constituée en son extrémité par la place dévolue au mémorial, espace en retrait, surélevé par quelques marches et circonscrit par un filtre d’arbres mais arpenté en tout sens.

– Cette esplanade est limitée au Nord comme au Sud par des corps de bâtiments d’une vingtaine de mètres affirmant une horizontalité sur la totalité du développé de la place ; seule la Tour de la Charité (40 m), vestige des anciens hospices de Lyon, s’en détache et installe un repère fort(1). Sa présence écrasante influe largement sur la perception du site d’implantation du futur mémorial. De nuit, la poste et la tour soulignent avec force ces deux directions(2).

Montage

– Dans un arrière plan proche, se dessinent la coupole de l’hôtel Royal et plus lointaines mais tout aussi imposantes, juchées sur les balmes, la basilique de Fourvière et une antenne de radio de forte personnalité. A l’opposé, les quais et la luminosité associée au fleuve concentrent les regards.

– Véritable lieu d’échanges et de communication : ici déplacements de surface automobile, transports en commun ainsi qu’une très active déambulation piétonne - là, déplacements souterrains - parking et métro, il est en premier lieu un espace que l’on traverse.

Tour

Nous pensons ce lieu dans son ensemble, dans son identité : il n’est pas un réceptacle passif mais un espace où nous opérons un véritable travail d’intégration urbaine. C’est, à notre sens, la seule voie possible, les caractéristiques du site et son échelle risquent de nier un travail sculptural trônant, décontextualisé, sur « la dalle ».

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La Genèse

Devant la particularité du site qui nous est proposé, où le flux piéton est singulièrement important, nous avons fait le choix de ne pas changer cet état de fait, mais de le rendre moins anodin en introduisant des éléments qui peuvent susciter l’interrogation et changer ainsi la perception de l’actuelle place en un lieu autre… celui d’un mémorial.

Conscients que nous sommes à la fois impuissants à raconter toute la complexité et l’horreur d’un génocide, et sceptiques quant à la portée d’une représentation symbolique ou d’un récit sculptural, le projet du mémorial n’expliquera pas ce qui est difficilement explicable.

Il proposera seulement une évocation des constantes des phénomènes génocidaires et crimes contre l’humanité. Il ne mettra pas en scène le génocide mais l’homme qui passe, face à sa propre conscience.

Pour ce faire, nous avons choisi d’élaborer le mémorial en trois temps distincts mais imbriqués.

– Le premier temps est celui de l’étude et de la réalisation. C’est celui de l’action premiere : démunis, dans le désarroi de ne pouvoir apporter une explication, l’acte de prendre une pierre, de la dresser, est sans doute un élan, un geste primitif, signe de l’existence de l’Homme.

– Le deuxième temps est celui du partage : avant même que le mémorial ne prenne réellement corps, le groupe a le sentiment de participer à sa concrétisation et souhaite que d’autres y prennent part.

Toutes les personnes qui se rendront en Arménie durant les mois qui restent jusqu’en avril prochain, pourront participer à l’élaboration du mémorial en créant un lien d’histoire sensible en rapport au sol arménien et un lien de voyage qui reflètera le chemin symbolique des Arméniens contraints à l’exil.

Le mémorial conservera ainsi une trace de ces voyages, invitant les autres à l’interrogation.

– Le troisième temps sera celui du passant. Une fois l’oeuvre mise en place, il sera interpellé par celle-ci. Elle suscitera peut-être la curiosité élémentaire qui le conduira à se diriger vers l’action possible.

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L’Enjeu du Mémorial

En plein coeur de Lyon, la communauté des hommes ne doit-elle pas se voir rappeler combien elle demeure un édifice humain fragile ?

Notre souhait est d’inscrire cette fragilité dans la ville, sur ce site dédié aux génocides en général, et à celui des Arméniens en particulier.

Il s’agit de signifier que ce chapitre de l’histoire ne peut être passé sous silence, ni contesté.

Il s’agit de dénoncer le négationisme.

Il s’agit aussi simultanément de questionner le présent ensanglanté : le génocide au Rwanda, les déportations et crimes contre l’humanité en ex-Yougoslavie, l’acharnement militaire des russes en Tchétchénie, les exactions des chinois au Tibet.

D’emblée, il nous semble essentiel d’élargir la question de la reconnaissance du génocide des Arméniens à la question même sur laquelle butent les historiens et notre propre compréhension de l’actualité : quel phénomène conduit une société à générer en son sein, les comportements nécessaires à l’élaboration du génocide.[1]

Nous n’avons de réponse à donner mais pouvons, à travers ce projet, contribuer à un témoignage chaque jour répété. Témoignage de la capacité de destruction du génocide mais témoignage inscrit au présent, en continuité avec le site car le travail de mémoire, collectif ou individuel, doit être intimement associé à un effort d’auto-critique de nos propres comportements et de nos actes.

Aussi nous pensons que l’oeuvre doit être une évocation assez puissante capable d’interpeller chacun par le silence même d’une émotion plastique mais ne pas être une représentation et un récit sculptural démonstratif devant lesquels l’on se fige.

Le mémorial sera un temps marqué, un pas qui s’arrête, un pas de franchi dans le lent travail de fraternisation, un rappel à la vigilance.

Et si notre mémorial était un réveil, un agitateur, un stimulant !

S’il pouvait véritablement déclencher l’action de découverte de l’histoire, susciter la curiosité et agir sur nos comportements... n’aurions nous pas déjà réussi à poser une première pierre ?

Tel est pour nous l’enjeu de ce Mémorial.

Notes

[1] Lire à cette éffet l’exelente revue d’histoire de la Shoah consacré au génocide des Arméniens n°177-178 (janvier-août 2003), voir notament page 52 (Y. Ternon, comparer les génocides).

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Mes motivations, par Levon Basmadyian

Peut-on raconter ce qui dépasse l’entendement ?

Gomidas[1], prêtre compositeur, survivant du génocide, pouvait-il encore créer ? Avait-il encore la capacité d’entendre la moindre note musicale quand, aux tréfonds de ses pensées, le néant grandissait, un trou noir se formait tel un « bruit rose »[2].

Où est le repère ?

Mes grands-parents ne pouvaient communiquer qu’avec un silence auprès duquel le plomb, métal lourd et opaque paraissait léger et transparent.

Silence pesant, déstabilisant, destructeur, mots inaudibles, invisibles. Un silence qui peignait l’incompréhensible.

Le silence est une absence de sons mais quand un choeur de rescapés de l’impensable se mettent à chanter une polyphonie muette, c’est là le seul chant qu’ils ne sauraient jouer.

En Argentine, France, Arménie ou ailleurs, je côtoie chaque jour des « sujetsinstrument » qui appartiennent, sans que je ne le sache, à cet orchestre dans lequel je joue.
Combien sommes-nous sur cette scène ?
Toujours plus nombreux mais à quand la première note ?

Attention, le public de notre orchestre n’est pas patient et oublie les raisons de sa présence.

Quelques amoureux de nos coeurs sont là mais la salle n’est pas comble. Et c’est un comble que d’attendre le plein pour projeter les notes emprisonnées de cet orchestre sous silence.

Oui, je suis, depuis mon plus jeune âge, motivé pour que l’auditorium du monde soit plein à craquer et que l’on libère les notes d’un Gomidas ressuscitant !

Quel chemin emprunter pour y parvenir?

Argentin d’origine arménienne, je vois cet orchestre, ensemble polymorphe, nourri de couleurs et de timbres multiples des instruments du monde entier. Par la pluralité, la réunion de singularités nous pouvons produire un chant capable de réunir un public réceptif avec lequel entrer en résonance.

La résonance est l’élément moteur. Cet échange vibrant permettant toutes les harmoniques de la connaissance de l’autre, de sa singularité, jusqu’à la compréhension et à la sympathie.

J’ai donc cherché à réunir ici des personnes de divers champs de discipline, n’ayant pas forcément de connaissance précise de l’Histoire arménienne, du génocide, mais toutes concernées par la nécessité d’officialiser la reconnaissance du génocide des Arméniens et, au-delà, de dénoncer tous les génocides.

Levon Basmadyian[3]

Notes

[1] Révérend père Gomidas, né en 1869 en Turquie, grand compositeur de la musique arménienne, contemporain de Bartok et Debussy, survivra au génocide mais il décéda en France en 1935, hanté par ses souvenirs.

[2] Bruit rose c’est un bruit qui contient tous les sons « audibles » utilisé principalement pour mettre en phase les enceintes acoustiques.

[3] Architecte DPLG, à St-Etienne, initiateur du projet.

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